•   quelque chose n'a rien dit et pourtant je n'ai rien dit non plus - ce fut plus fort que moi ce fut
      plus fort que le non-moi aussi

     

     

      cependant quelqu'un chanta. quelqu'un a chanté. quelqu'un
      s'est mis à chanter. tout mon être vibre d'une voix et chanterait encore si l'être
      n'était que voix

     

     

      d'une mystérieuse évidence, d'une déroutante simplicité, j'ai juste fait mon sac ou bien défait le nœud
      personne, sans limite, ne m'attendait

     

     

      je n'ai plus de poésie. mes veines sont à court de poésie. ma mort m'épie là, tapie dans un coin et c'est la mort de tout un chacun, la mort universelle. elle ne me veut pas de mal. je crois qu'elle m'aime
      d'un amour universel

     

     

      je commence à me ressembler dès lors que je détache mon regard d'ici-bas, de moi, et qu'hors condition je m'abandonne à l'inintentionnalité pure de qui simplement
      oublie de mourir

     

     

      je ne m'intéresse pas (moi-même). cette clarté me fascine, émanant de nulle part, en toute part diffuse. je me sens comme un homme qu'on felationnerait  sans qu'il en ait conscience. un rêve érotique sans forme ni contenu. l'idée d'un
      aboutissement parfait

     

     

      le désespoir aura pourtant besoin de moi, au même titre qu'un homme couché implique un homme debout, et le dernier mot
      un avant-dernier mot

     

     

      je reste ahuri face à la mort. je ne me comprends pas. tout semble aboutir à et l'infini commencer dès
      cet homme qui fume...

     


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  •   où trouver nulle part
      le no-man's land en soi
      habiter chez personne, au creux d'une distance froide - froide
      et éberluée

     

     

      il me faut quelque chose à regarder, quelque part vers où tendre le regard, un vide à occuper entre soi et l'infinissable :
      un paysage en vrai

     

     

      croiser l'origine de moi-même ou mourir quelle différence puisque je ne connais pas mon nom - ignorant même
      si quelqu'un m'appelle

     

     

      tout un silence à emplir de son écoute. toute une écoute à
      creuser d'un silence sidéré

     

     

      mille voix ne furent assez. du coup je dus me contenter d'une seule et toute
      petite voix...

     

     

      les pieds dans l'eau les couilles à l'air - je bande pour rien mon dieu, oui, je bande pour rien

     

     

      j'aime le temps de dire vous, pas plus que vous, présence dense
      bien que désincarnée

     

     

      mentir ne cache rien: je me rends à l'ignorance
      la lumière traverse le néant, la lumière perce le néant, la lumière déborde du néant
      sans même lever le petit doigt

     

     

      je ne vois plus un homme je vois un trou
      par où passe le vent, je vois le temps
      passer le temps

     

     

    la forme du vide


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  •   on pense devenir un homme, on ne fait
      que pondre un vide, encore du vide, un cure-dent bien en vue
      au centre de la pièce. mais que croyais-tu donc - qu'un destin
      t'attendait, qui t'aurait pris la main en écartant les poils pour que
      tu jouisses dedans?

     

     

      déjà nous ne rêvions plus que les quinze du mois
      une jambe repliée et l'autre ballante, à repousser le courant
      nous taraudait l'idée d'une intimité fondant comme neige sur le gland
      s'il restait un espoir, l'espoir ne savait plus de quoi...

     

     

      à quelque chose près - une ombre sur le mollet, un cheveu sur la langue...
      s'amincissent les causes et les motifs du mouvement
      en dur, et en cadence, le pied s'enfonce dans le pas
      s'il n'y rencontre un mur, il en défoncera l'image

     

     

      j'ai pied au fond, toujours au fond, et le fond tout au bord
      pris de vertige, épris de nausée pure
      je reviens de vacances juste pour me faire clouer
      à la porte des granges, tatouer
      aux mamelles des anges...

     

     

      quelqu'un chante à ma porte, griffant le lobe de ma conscience en déshérence.
      je ne me résous pas à ÇA, quoi que l'on mette derrière ÇA, devant ÇA je ne simule plus
      l'orgasme ni l'amère grimace, quelque chose m'éradique
      de mon propre visage - un vent mauvais, un clou
      borgne, comme son nom l'indique sur la liste des supplices mentionnés
      au dos du médicament

     

     

      avec acharnement, et guère plus de lumière, ai-je mené ma barque à l'abreuvoir
      une corde de violon en guise de racine, sur laquelle affûter cette farouche mélancolie
      qui enfonce le pouce de l'enfant jusqu'au fond de sa gorge et étouffe ses rêves
      tant qu'ils sont encore tièdes...

     


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  •   ouvertement, ou plus exactement
      tu jouis avec le ventre, le ventre étant
      le lieu où tu demeures vide, un certain temps
      un sanglot s'émoussant, à l'intérieur

     

     

      les bancs, pour ne pas s'envoler, s'agrippent à la terre ferme
      ou plutôt, s'il arrive que je boive un peu plus que de coutume, je m'invente un retour, une route
      récemment sortie de ses gonds, une échappée par le souffle malade
      ou alors je m'ennuie

     

     

      bientôt, nous ne rêverons plus
      et si les fenêtres s'entêtent à grandir et s'élargir, nous ne les ouvrirons plus
      nous les maintiendrons le front bas et d'un mur adjacentes
      à se frotter, grincer et s'user
      contre les verges molles

     

     

      je ne blesse quiconque, je lèche mes plaies c'est tout
      telles qu'elles poussent au bout d'la langue
      du linceul au rideau, tiré sur des rires d'enfant
      comme si ça pouvait rire encore, un enfant...

     

     

      je rectifie ma position, sans m'embarrasser plus
      des signes ostentatoires de l'absence, la trouble monotonie d'heures définitivement creuses
      je m'ouvre un ventre
      pour venir y caresser la tête du monstre qui m'a vu naître, je crois
      je ne pense pas à la douleur, je crois

     

    les unes que les autres


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  •   partir décime le temps présent. je te parle d'un autre port, à l'autre bout d'une autre mer, et d'où tu ne
      pourrais m'entendre

     

     

      car tu ne m'as précisé
      ni l'heure ni le lieu, ce que tu porterais, la façon dont tu te serais coiffée le matin avant de sortir me rejoindre, moi qu'on ne rejoint pas

     

     

      tandis qu'à la pensée de ton pas sur l'eau, le bitume ou toute autre surface praticable, je me sens déjà comme
      défenestré dans le nulle part

     

     

      j'ai faim de loup, de myrtilles et de mort sans douleur. un saut dans l'éternité la briserait-il, ou ne ferait-il qu'en érafler
      l'insalubre apparence?

     

     

      partir maigrit. modestement, qu'attendais-tu de moi? du dé nu le chiffre est resté collé
      sur ma paume

     

     

      rien ne s'habitue. tout comme moi ou à moi. et ça prend désormais la forme sans contour d'un espace nu
      de nos deux nœuds, faisons donc corde lisse

     

     

      j'aurais du me tuer alors, adolescent encore. je n'en avais déjà plus la force. ma volonté avait été brisée. ne m'appartenant pas, je m'étais quitté sans bruit, irrévocablement quitté. il était dès lors
      déjà trop tard

     

     

      en l'espace d'une nuit, sauve-toi...

     


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  •   je n'ai rien à te dire. qu'à te mordre le téton dans l'effroi du coït. c'est à dire rien. rien et regarde
      comme une éclipse...

     

     

      ça bute les femmes. ça les rebute, ça les agresse sexuellement. alors elles se sont concertées, en vue d'infliger l'implacable et légitime châtiment. elles se sont converties. du coup ils ont continué
      à se voir en cachette

     

     

      j'ai du finir somnambule. peut-être à cause de la pluie, peut-être à cause de pas de pluie. chercher la cause ou chercher la femme en dernier recours
      chercher le garçon tout au fond

     

     

      je les aborde sans distinction, d'un sentiment malappris. personne ne me répond évidemment, à part les arbres évidemment, carcasses de nuages
      vapeurs fossilisées

     

     

      ma vie est entrée dans sa phase d'oubli. c'est étrange, considérant que je ne suis que mémoire - mémoire de choses qui ne surent exister, d'un monde au bord de l'asphyxie, et ne durant qu'un sanglot d'éternité
      sauf la tombe

     

     

      on n'enterre plus les gens de nos jours, ce sont les morts
      qui déterrent les vivants. sauf qu'à force de les déterrer bientôt on n'en verra plus que les yeux, tout juste dépassant
      de leurs trous

     

     

      je chante mais c'est pas forcément toi, je veux dire par ta voix
      que je chante. je voudrais mourir là où les hommes
      aiment dieu. font pousser la lumière

     

    outre-passage  

     

      


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  •   qu'est-ce qu'on propage. qu'est-ce qu'on dit non à oui. par quel bout on dérape, quel autre on se rattrape
      je sais pas

     

     

      jeter l'opprobre avec l'éponge. posséder ou partager. ressembler à quelque chose en attendant, indéfiniment peut-être, que quelque chose daigne enfin
      nous ressembler

     

     

      l'amour est au carrefour. j'avance un pion tu recules d'un pas. j'ai horreur des échanges. je trouve les échanges
      mesquins

     

     

      universelle confidence, l'intimité sur le papier - je bande à part, tu bandes à part, quelque part nous bandons tous impunément. quant aux boutons ils n'en
      démordent pas

     

     

      j'existe par défaut. dans un surplus de temps, vague sursis de vivre. c'est un peu l'histoire d'un papillon
      transformé en chenille...

     

     

      il paraît qu'on ne pense pas à grand chose, quand on est mort. pourtant je n'arrête pas. toute pensée serait la pensée d'un mort
      jusqu'au brin d'herbe

     

     

      tous ces croyants sans foi. pullulent désemparés. j'ai repassé ma chemise, mon unique chemise. ne reste plus qu'à m'y glisser
      dedans. à l'enfiler

     

     

      j'ai peur de tout ce qui se passe. je fais tout pour qu'il ne se passe rien, rien d'autre qu'en la virtualité de mon esprit mais ça déborde, ça déborde partout: partout mon esprit
      déborde sur mon esprit

     

     

      c'est un sceau d'eau

     


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  •   tu vois comme on nage, en plein ciel et au travers, flânant sans retenue. où faire table rase ne remplirait
      pas un verre d'eau

     

     

      on s'appuyait sur un coude, ou contre un genou qu'importe: la tête reposant
      sur un socle quelconque

     

     

      ce qu'on ne dit pas on ne le tait pas forcément. et dire que ça ne court pas les rues ne nous rattrapera pas, admettant que telle en ait été
      la vocation première

     

     

      autrefois je fus malingre. un ver du cul on aurait dit, un ver du cul on aurait cru. or maintenant c'est maintenant
      ou jamais

     

     

      à fleur de peau mais pas la mienne, s'il vous plaît. les roses d'ispahan les âmes disparaissent
      l'espèce mue

     

     

      j'encours quelque danger. s'il ne reste rien de moi c'est déjà ça, tandis que je me réduis si ce n'est trop en dire
      à l'espace nu

     

     

      j'aime un arbre. un arbre hors sol. un arbre de verre et de lumière. couvert de chants sans leurs oiseaux. j'aime un arbre
      coupé des siens

     

    une pluie de rien du tout


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