•  

      les hommes se sauvent, ils reviennent puis ils se sauvent - ils ont
      le feu au cul, châtrés d'un tel hasard

     

     

      les femmes accourent, elles ne savent où ni d'où elles accourent, sirènes sauvées in extremis de la noyade
      par un simple pêcheur

     

     

      j'ai peur pour vous, hommes et femmes, mais avant tout j'ai peur pour moi
      qui confonds les nuages à des yourtes rampantes, à des
      piétons moroses

     

     

      un homme sans suite, le pauvre jus d'un presse-bite - la vie sans un accord
      c'est mort
      c'est mort et ça n'en finit pas
      d'gicler

     

     

      j'ai peur de vivre, me sachant nulle part, ivre de lourds paysages, pneus cramant moelleux
      sur une rage d'août ou affublé
      d'un tout petit slip

     

     

      ma vie ne sert à rien - c'est la seule condition pour être belle
      pour être belle enfin, bouche collée à la bouche d'un fosse
      et m'écorchant l'organe

     

    d'une incassable fragilité


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  •   trois vagues et soi
      petit naufragé de la rue des vignoles
      tangue l'air, tangue la soie du suaire
      et puis bonsoir
      trois petits tours et puis bonsoir
      la trogne

     

     

      chemin faisant, mal-faisant
      t'es triste ou tu chavires, gamelle? gamin triste ou gamin chiant, mé-chiant
      je bute sur un coussin, j'éjacule contre tes dents - tes dents
      reculent d'un pas

     

     

      sourde
      et alors assourdissante
      le malheur change de trottoir, crotte frétillante au
      cul d'un chien galeux et puis j' m'ennuie, j' m'ennuie très fort
      depuis que je me suis quitté
      mais je sais faire que ça, m'ennuyer
      sans ça, sans m'éroder je serais rien, je me sentirais pas

     

     

      il saute dans la cour, pieds joints, il sent qu'il serait elle mais elle en a déjà fait cent fois
      le tour
      alors il saute, il saute dans la cour, bras écartés
      - il faut bien qu'il s'amuse

     

     

      à chaque fois, à chaque fois que j'ouvre un creux, toi tu marches à côté
      j'ai pas de préférence, y a pas de préséance, je suce mon pouce et j'adore, j'adore regarder les femmes, les hommes
      glisser sur leur néant, s'enliser,
      s'enliser au-dedans...

     


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  •   ça faisait
      longtemps j'avais pas bu comme ça, un trou
      à la lumière d'un trou
      et quelle vie je mène

     

     

      et tout le mal qu'on s'est donné
      pour rien - pour en arriver là, nulle part
      alors qu'on aurait pu, claquant des yeux clignant des doigts
      en arriver là, nulle part, sans en remuer
      le petit doigt - voilà qu'est fait

     

     

      je franchis
      le mékong, le rubicon ou l'iton et c'est d'un pas, d'un pas tranquille
      on aurait pu dire d'un pas docile, je franchis donc
      le mékong, sans même me
      mouiller la tong

     

     

      claquer comme ça, dans la neige, le bas filé de laine
      ou de neige, claquer comme ça, fumigène, gaz à la
      boutonnière, claquer comme ça, fille sans gêne, à pisser dans
      la neige

     

     

      ça faisait longtemps
      longtemps j'avais pas bu comme ça
      comme si ça sonnait creux, comme si ça vous arrachait
      la peau du gland, vous retournait l'cervelle comme on le fait
      aux poulpes, tandis qu'aimantes elles avaient simplement
      cru croire en nous -
      c'est dommage

     

     

      la girouette au fond du panier et le grand vent, est-ce que
      je ressemble au grand vent? bien sûr que nan: je vais comme on me dit
      où on me dit, je vais à l'abandon, à vau l'eau comme on dit
      aujourd'hui c'est jeudi - ma mère disait
      que j'étais né un jeudi

     

     

      je ne me souviens pas
      mais si
      un jour je m'en souviens
      j'en mourrai ça c'est sûr
      en attendant il pleut - il pleut
      par intermittence
      et dans les interstices

     

    ta peau renarde

     

     

      


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  •   le crâne d' un mort
      ne donc t-il pas?
      il pleut, il pleut sur tous les ch'veux. alors
      alors on s'est rasé le crâne: plus rien ne mouille
      d'en haut ni de côté, plus rien ne mouille.
      les substances de côté

     

     

      en te vidant, en te vidant d'amour, après
      t'en avoir cajolé la vulve, quelle mouche
      te pique, non mais dis-moi quelle
      mouche te pique pour que tu te dandines ainsi, gros tas
      d'os et de merde, les yeux ouverts, hermétiquement
      ouverts
      - sur quoi, dis

     

     

      ça s'appelle bouffer des prunes
      quand elles sont pas
      encore mûres, ça s'appelle suer du cul, alors même
      qu'on n'en a plus, usé jusqu'à la corde et la chaise vide, la chaise s'envide -
      quelqu'un est parti
      par là, ou bien par là
      toujours dans la même direction, la même
      absence de direction, ça va tout droit

     

     

      tu craches un peu
      dans la bouteille, tu craches un peu mais c'est pas grave, ça s'accumule
      quand même un peu, ça s'accumule, mais c'est pas grave
      car tu m'oublies, la mer
      déborde sur mon lit, déborde un peu
      mais c'est pas grave, non c'est pas grave, tu craches un peu
      dans mon cercueil
      : je vis à temps perdu

     

     

      silhouette ô ma silhouette, découpée dans la vase
      découpée à l'œil nu, dans la vase, ou le miroir vaseux
      j'en fais presque le tour, j'imite un homme, peut-être un homme mort, mais comment
      un homme
      peut-il être mort
      : sans attendre
      sans attendre on s'en doute
      on sait pas

     


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  •   pour ressembler à quelque chose, pousse-toi, allez, pousse-toi d'là
      recommande aux corbeaux et aux pies de te béqueter les globes et de leur chier dedans, ça fait
      l'écume quand on y pense, ça fait
      la gelée vive des morts et de tous
      leurs compagnons
      le mal-route, de triste oubli

     

     

      marcher
      devant - l'écueil du sans-relâche.
      qui vient donc sur ma tombe, éradiquer
      ces fleurs motus, ces bouches à décousu
      en bout de souffle un épitaphe, j'm'en tape - sais-tu,
      sais-tu seulement quel cœur m'abrite, quand rien
      ne m'abrite, même pas la peur du loup
      ou de la louve

     

     

      il faut quelque chose de simple alors donc, j'ai mis un paysage
      devant, là juste sous mes yeux - un paysage de pluie, c'est tout ce que j'ai trouvé
      et puis moi derrière, à faire un jour le chardon, un autre
      le garde-champêtre avec son épaisse moustache, sa nostalgie
      de clandestin

     

     

      nuit et jour la
      grenadine, grise et plutôt malveillante, on s'endort
      sur la paillasse d'un cœur creux on s'endort, c'est comme ça, on s'effilasse 
      j'ai peur de quelque chose quelque chose me mord est-ce que ce serait pas, par hasard,
      ta bouche, ta joue collée au nord, vitreux
      souvent vitreux?

     

     

      j'ai pas d'malchance, j'ai pas d'malchance mais ça m'tourmente
      veux-tu écrire une vague avec moi, comment s'écrit la vague, sans moi
      et même très loin de moi, de tout individu, d'un chapitre très haut tout en haut - d'un somptueux chapiteau,
      couvrant le vide, courant le risque
      d'y succomber

     

     

      il ne fait pas noir, il ne fait rien
      c'est ainsi qu'on s'y plait, ou pas
      si on s'y plait pas, fait pas noir pour autant
      mais rien, sublimement
      rien

     

    cheptel
      


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  •   je ne
      ferai rien, glisserai aérien
      sur l'esplanade de
      vivre, ensemble ou esseulé, parapluie élimé, la verge ensorcelée je ne
      ferai rien te dis-je, idé-
      alement rien, jusqu'à
      en crever te dis-je, en crever là

     

     

      c'est un beau musicien, musicien plutôt nu
      et sans voix, c'est un repas sans pain, ni repas, un triste verre
      d'eau plate, et vide, c'est un beau musicien, éteint
      : il faut lui pardonner

     

     

      pourtant j'ai une morale: la pluie
      qui traîne sur le bourg-sud, et tout le long de
      la façade ouest
      atlantique en ces termes
      nécrologique, ces bruines sem-
      piternelles, ces estivales - pourtant
      je n'ai qu'une morale...

     

     

      d'emblée, d'emblée en sorte
      que tu n'y reviennes, ni n'en reviennes
      d'emblée mais c'est trop tôt, trop tôt un
      jour après le temps, les pots éculés de yaourt 
      ou l'âme aigrie...
      je singe l'être sachant qu'un être
      ne passe pas par là

     

     

      juste un soupir mais pourquoi (warum, γιατι, pourquoi) pousses-tu
      si gros soupir? ta maman
      t'a cassé ton bonbon? ou bien
      tu penses à quoi tu penses à rien et ça sent
      pas vraiment bon? ou bien
      quoi? t'es pas contente? t'aurais voulu
      t'appeler je sais pas, au subjonctif plus que parfait
      du féminin...?

     


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  •   une minute, de silence
      nous réchauffera les glandes.
      en attendant ne t'en fais pas, parcours montreuil, déclare forfait,
      embrasse maman - on peut bien lui
      accorder ça

     

     

      en attendant perds tout espoir, déborde un peu
      du temps.
      une seule minute, de silence - c'est pas bézef
      et te fais pas d'illusion: l'éternité ça
      n'existe pas

     

     

      on a pris un chemin, par là, comme on ne s'y attend pas
      une grosse fatigue s'est envolée à l'idée qu'une issue n'était pas néces-
      saire à un labyrinthe dépourvu de tout mur, tout corridor, à un labyrinthe
      d'espace pur...

     

     

      soigner l'allure, changer l'cardan - j'veux pas d'embrouille
      une poignée de raisins secs, et muni d'un immense courage - la face cachée
      d'un immense courage.
      on en a débattu, longtemps
      puis on s'est tu

     

     

      et quoi mon existence
      un caillou dans la mare
      j'irai jeter du pain aux canards et quand j'en aurai marre, je me lèverai, je partirai
      tremper ma face au côté lumineux
      de l'être, pourquoi pas

     

     

      pourquoi tu rêves dormir dehors


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  •   

      je suis une bête, là, elle nage dans l'air
      d'un moindre geste refonder l'es-
      pace mais là tu pisses
      dans mes rosiers
      petite loque

     

     

      allez j'me casse
      et pis d'ailleurs j'te cause plus
      assis nulle part debout partout j'm'en fous, j'traverse
      la picardie, à contre-sens
      pas gris le ciel
      de picardie
      pas gris, pas gris du tout
      - j'traverse

     

     

      maussade esprit, maussade
      d'alignée la pêche heureuse, la maldone
      l'harmonie libre d'un désaccord
      ou d'un accord rompu, j'encaisse
      je dis rien, j'encaisse

     

     

      l'ombre du pommier, véreuse, j'en sors
      il fait pas peur, le jour des morts, enfle les voiles
      j'ai rien fait pour cela j'ai juste
      passé le temps, serré les dents

     

     

      panier percé, la pensée
      clairsemée
      attendre fait un trou, le vide emplit les trous, les trous faisant
      office d'orifice, ne servent pas
      en tout cas pas dans mon cas

     

     

      j'avance, j'emboîte le pas
      à rien, mais ça
      souffle derrière - devant
      me rappelle devant, lequel ne se souvient
      de rien, ne me demande, pas,
      comment j'm'appelle

     

      alors je m'appelle pas

     


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