•   la pluie nous unit morts. c'est bien
      il en tombe comme il peut, c'est mieux - pleurer par en-dedans, à sec, pleurer de l'intérieur
      je vais boire quelque chose, j'ai bien peur, jouissant à contre-pied,
      d'aller boire quelque chose

     

     

      le poids s'en mêle, mais personne ne s'en mêle
      le poids de personne et le vide sur sa chaise, jambes croisées, le nombril en stupeur
      depuis que je suis né c'est toujours la même chose, la même chose
      chantage à loup-y-es-tu
      menace à qui-va-là

     

     

      il est mort mais là n'est pas la chanson, pas la question
      il est mort et voilà, il n'est pas là quand même, sauf que les morts, sauf
      que seuls les morts y sont vraiment et qu'ailleurs, ailleurs,
      tâtonne la vision
      d'un seul œil et clignant

     

     

      des mines de grâce sur le chemin de croix
      la vue fantastique qu'on a du golgotha
      un jour magnifique, moisissant sous la bruine
      les bras croisés dans l'dos et l'anus aux abois...

     

     

      j'évite de vivre, j'évite ainsi de naître
      toute une éternité néanmoins me chie dessus, oiseau de sale augure
      béquille pour sardine, le réel m'enfonce un doigt dans l'œil jusqu'au cœur
      et ça fait mal au g'nou: je crois
      je fléchis tout à coup...

     


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  • ...

    tout ce que j'embrasse je l'embrasse comme ça, le sors de ma mémoire

     

      je n'ai pas le compas
      d'établir une circonférence, ma frontière est poreuse
      ma mère n'est pas porteuse, la fourmi point prêteuse - ne fus-je donc appelé qu'en tant que témoin?
      et d'où vient notre crime, que nous voulions mourir...?

     

     

      nous nous réveillerons demain, la gueule de bois, le cercueil en transit
      la dalle est de béton
      tranquilles travaillant, ou chômant, le croissant nous restant
      en travers de la gorge

     

     

      les morts sont dans la nature comme chez eux, mais moi je m'y sens mal
      en abstraction lyrique, en ciel à la lucarne, je n'aspire pas au bonheur - 
      rien qu'à ce vent soufflant si haut,
       si haut par-delà les avions

     

     

      abolir la propriété ne suffit pas, la funeste illusion d'un sécurité rentière
      abolir tout, tout abolir: simplement en ne bâtissant rien
      laissant l'esprit croître hors les murs, l'esprit nu, la mort en coït de dieu
      ma chandelle est morte - quel feu s'en soucie?

     

     

      est-ce vraiment par amour de l'éternel que je roule ainsi du versant mort, giratoires catacombes?
      je ne t'accuse de rien, petit bonhomme - avec inconsistance pour unique voix de salut
      l'insouciance nous délivrera t-elle
      de l'acharnement des teignes? 

     

      

      ...


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  •   j'avance à travers champs
      comme ça, par amour de la boue sans doute
      par l'inavouable goût de la flétrissure dont est imprégné l'homme
      ou la femme, sa forme subliminale, par forcément plus stable
      et qui se dit où moi je vis
      n'en vivra pas d'autre ou seulement
      sur mon dos

     

     

      je ne ferais pas de mal à un pou certes, mais aucune grandeur à cela depuis que je me rase la tête, alouette...
      tout le corps empalé sur son propre fémur - y a pas que la soupasse de bonne dans cette écuelle, y a aussi la fausse arrogance de quémander envers et contre
      toute l'humiliante sollicitude
      de l'aumône

     

     

      je ne jouis pas: j'ai peur de perdre ma patrie, de laisser échapper un bref et odieux juron,
      de malencontreusement parier sur le mauvais cheval, le canasson rachitique et pourri qui a perdu jusqu'à la dignité
      de dissimuler sa déchéance sous quelque grotesque affabulation
      et le voici crevant tant de dépit que de soif c'est tout, croulant sous leurs épluchures de graines de tournesol, leurs rognures
      de blettes évidences...

     

     

      ta mère la mort
      et puis on s'insinue en douce et malgré tout, jusqu'à trouver cela joli et pourquoi pas charmant
      charmant ta face de pute, ton petit orgueil défait, la main qui jamais ne daigna se poser sur ton front et pourtant,
      pourtant l'instinct si clair, l'humeur imprévoyante et qui sait... le destin qui répare tout ce qu'il a détruit
      juste en y repassant, en soufflant par-dessus, juste en
      se déminant la queue...

     


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  •   trait de désunion entre l'ici et l'au-delà, cercle rompu où la figure se blesse: un homme, un homme seulement
      errant dans l'espace vain

     

     

      c'est une raison
      de vivre et cela me ressemble, abracadabra le verre
      se désemplit, écartelé sur sa fracture tandis que le jour
      s'augmente de la pensée qui s'en soucie
      d'ailleurs il tombe
      je crois je l'accompagne...

     

     

      mes mains
      pleines de choses qui n'existent pas, de présents qui ne s'offrent pas,
      de silences périmés mes mains
      pleines de doigts croisés, de pouces élimés, de lignes défaites ou de fuite mes mains
      débordant de caresses grinçantes, d'orgasmes soupirants,
      d'une sûre pulsion de mort mes mains pleines
      de mains vides, et s'agrippant au vide...

     

     

      je sais ils n'en ont pas l'air et pourtant ce ne sont
      que de petits billets doux déposés dans les canaux
      du grand réseau fictif et par eux acheminés
      jusqu'au vide sidéral où ils finiront un jour, je l'espère,
      par croiser le regard sans opprobre ni reproche
      de l'éternité, la belle immaculée...

     

     

      j'aurais pu me contenter, bien-sûr, de fermer les yeux
      et sur les yeux fermés de refermer les yeux, afin d'aboutir, instantanément,
      au terme ainsi qu'à l'origine de tout(e) geste
      si seulement j'avais eu les yeux de les fermer, et pour toute voix le grain
      éraillé du silence

     

      ainsi me voici donc
      maître d'un jeu sans règle
      mat au premier quart de tour...

     

     

    le chant de l'oiseau mil


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  •   vivre
      ne servait à rien, enfin je veux dire, que vivre
      ne servait qu'à survivre 
      c'était donc peu
      soit énormément peu

     

     

      je n'ai plus de subconscient - qu'un vaste
      cimetière militaire fleurissant la plaine de 
      mille croix synonymes...

     

     

      on a du mal à vivre, on se traîne sur le ventre, on se couche sur le dos
      on traite le mauvais temps de mauvais temps, on en rajoute: et pas
      une seule goutte - c'est la misère
      totale...

     

     

      ça se cultive, mourir
       : on creuse un trou en soi, on s'y enfonce, on se vomit dans le trou en soi jusqu'à
      ce que plus rien de soi ne sorte ni ne dépasse, jusqu'à
      être soi-même entièrement devenu
      le trou en soi, espace libre
      et souffrant

     

     

      l'espace là, entier
      ou bien rester assis, se lever, se dégourdir
      les jambes, l'esprit, se soulager d'une angoisse subite, sexe au poing 
      le souvenir vaincu, le revenir perdu...

     


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  •  

      preuve incontestable de dieu: son absence
      en tout présente, en moi si abondante
      qu'en pensée m'y projetant je touche là
      à ma propre inconception...

     

     

      mon obsolescence programmée me laisse
      entrevoir une unité plus vaste, confondant en soi la multiplicité du réel à mon
      ou son
      rêve prémonitoire

     

     

      j'attire les mouches, les mouches à moi alors elles tombent
      à mon contact.
      un minuscule berceau ai-je ainsi confectionné
      à leur rêve béant, leur outrance amoureuse - j'attire les mouches,
      morne attraction...

     

     

      le poème-volant, s'inscrivant
      sur une page du néant en ressuscite les morts, les mots
      nus sous l'écorce, les visages arrachés à la peur
      de ne s'y reconnaître, comme c'est touchant...

     

     

      jonglant avec
      ses propres os, urinant
      en son propre vertige, le sommet le plus haut, contigu
      à la chute sans fond, venimeuse, ensorceleuse, passe
      et n'en revient pas

     

     

    mais qui la roue commande / sait bien qu'il n'en est rien

     

     

     


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  •  

      je ne sais plus qui
      navigue entre ces portes.
      tout embué de sommeil, effleurai-je le rêve
      de toi certainement
      autre part, autrement...
      la chambre descendue d'un étage, le perron
      hors ce mur, qui saigne à basse voix -
      c'est vraiment désespérant, ne pas se
      reconnaître, la ride débonnaire...
      

     


      les nuit sont encore froides, un sommeil de retard.
      machinalement je serre
      contre moi ce manque, très profond
      je confonds tout je balbutie
      à flots couverts -
      j'aurais du dormir nu...

     

     

      une longue machine, la pluie dans un mouchoir
      une façon, un peu bizarre
      de dire bonsoir en se quittant
      la tête découverte, ainsi que l'en-dedans
      traînant la queue tirant la patte, la gueule au bord des larmes, gelées
      d'on ne sait quelle affliction, inventée probablement
      de toutes pièces, afin d'en
      réamorcer l'usure

     

     

      j'ai mal au mort, d'un côté
      de l'autre c'est le deuil, en marche
      vers un soleil fantoche, une manière de n'être
      rien de plus, et même un peu moins - 
      je t'écoutais ne pas
      en toucher mot, je t'effaçais avec les mains
      avec les mains je t'effaçais, c'est comme ça évidemment
      que j'ai du disparaître...

     

     

      il y a un mot, déposé
      dans la boîte à lettres
      il ne vient de personne, il ne vient de nulle part
      on ne l'ouvre pas bien entendu - il attend
      le jour, et le jour
      se fait attendre, le jour se fait attendre
      bien entendu... 

     


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  •  

      je suis dégringolé
      du haut du plus bas escalier et debout sur un pied - je me suis envolé
      j'avais une pierre pour frère, une aile en libre chute - je tremblais en lisière...

     

     

      oh dieu mon p'tit copain, pour dieu mon p'tit copain, on ira dès demain
      un petit coup encore, rien qu'un petit, un tout petit encore oh dieu mon p'tit copain
      sur l'bas-côté d'la route

     

     

      j'aime pas dire: manger deep on y va, alors qu'on a toujours eu faim, qu'on se rongeait les ongles, qu'on s'essorait les foies
      j'aime pas dire: allez hop on y va - c'est fini on n'y
      reviendra pas

     

     

      j'ai la mémoire valide, putain collatérale, furieusement enracinée dans la vase en suspens, dans la terreur de vivre j'ai la mémoire féconde - tous les jours elle accouche
      de toi fondamentale, la source au coude à coude

     

     

      ai-je su m'émanciper
      de toute interprétation, m'en tenir à l'oreille
      définitive et inavouable, pleine de crottin et résonnant
      du chant des anges, ces monstres en liberté, ces orgasmes au lance-pierre...

     

     

    tellement ancré dans le vide qu'on en oublie de tomber


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