•   comment expliquer la nuit, celle qui t'enserre, te noie - celle qui t'affame aussi de l'intérieur, ver extrême
      solitaire

      comment expliquer l'attirante répugnance, la pulsion répulsive - sombre t'on dans un
      effroi lucide

      comment réconcilier le mort à sa maigreur, le bonhomme à sa laideur, comment lui
      préserver sa pudeur

      comment se supporter, supporter d'être, embrasser le lépreux sur la pustule, la
      bouche venimeuse

      il y a une illumination. une humiliation heureuse il y a une illumination
      crucifiée - vermine
      ronge ta planche

     

     

     

      pas porter de chaîne autre que celle qui te lie à ta sale et inhumaine condition
      pas traîner de boulet autre que celui de vivre, succombant sous le poids du non-sens dans sa version abjecte
      aborder l'étranger en l'apostrophant de toute fraternité, et le laisser te faire les poches, le cœur tant qu'on y est, tandis qu'au ciel muettement hurle
      un désespoir plus grand encore

     

     

      quand seule l'exécution délivre de la condamnation, ne sommes-nous pas
      damnés?
      j'ai un temps pour tout mais je n'ai pas de temps pour ça - je navigue en flottant je coule
      en me noyant

     

     

      partir partant mais partir où? les îles aboient ti-
      rant sur leur laisse - un monde s'effondre, laissant du coup
      l'air respirer
      respirer bien profond, s'enivrer somp-
      tueusement de vide

     

     

      or l'instant
      est la mort

     

     

    supplément d'âme


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  •   en toute lumière, en toute
      lumière soi-disant, en toute
      impunité pointant, et martelant
      l'abîme, l'abîme comme ça s'écrit, juste un petit mort au-
      dessous d'un autre mort, et puis d'un autre mort

     

     

      table funèbre, ronde mais ténèbre
      jacques-a-dit sous la mantille
      je te sers un petit verre, un petit verre c'est tout, un petit verre cul sec
      - il ne nous reste rien
      qu'un parc sans thème au
      portillon grinçant

     

     

      j'en chie
      de tout mon corps précieux j'en chie
      à rallier la rive rive, échoir à l'avenant
      une bête blessée
      l'agonie piédestal
      les marcassins en file au passage piétons

     

     

      t'as qu'un bout, chialer par ce bout-là
      la minute d'un épais silence
      suce ta conne, ton piolet, ton petit bâ-
      ton de réglisse - plus de neige dehors, point de règle
      qu'une main amie recouvre tout du corps astral, astral et flasque
      d'un poisson mort

     

     

      pas envie, de remonter le son
      la nuit entre laquelle
      ci-jus un geai, dont on taira le nom
      et la fonction
      je m'abaisse à présent, je régresse
      recroquevillé sur mon propre ressort, et sabotant

     


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  •   se traînent à terre
      supplient
      pour un gobelet d'eau
      ni-morts ni-vivants
      immobiles régressifs, rampants surnuméraires
      - un seul d'entre eux avait mon numéro

     

     

      dieu parlant par la
      bouche cousue des
      enfants morts - et alors?
      alors une vache
      encule une autre vache
      qui elle-même... jusqu'à la toute
      première fois, le premier rendez-vous
      manqué

     

     

      traire l'ennui; racler son cul sur
      la moquette élimée, je vais en cheval nu
      amèrement nu
      depuis que la chute existe, le sol s'est
      dérobé, déféqué sous le masque - j'abrège
      mais j'abrège pas

     

     

      soirée guimauve, et tout le
      poids de leur maigreur
      t'arraches un ch'veu, t'arraches un poil, tu mords à même
      la peau d'vénus, t'en scrutes l'anus, mirobolant - garde-toi pour l'audition ça va
      galvaniser les foules

     

     

      le rase-miteux, ce dès le
      petit jour, l'enfant nu du mitard
      j'accouche d'un chien, un chien sans ses
      pattes de devant, ça commence mal - ça finira par
      se ronger le gland

     

     

    appareilleuses appareillantes: le noir dedans
      


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  •   nous ne nous retrouverons pas
      là
      d'où nous sommes partis, ou tombés comme à pic, portant la marque des
      exilés de
      l'intérieur

     

     

      les chats sont souvent gris, mais pas tous
      quand un monde s'effondre un autre se relève, auquel nous n'appartenons déjà pas
      il faudrait se défaire de la chute qui nous colle à la peau, de la sainte manie des genoux écorchés
      d'embrasser sur la bouche toujours du même côté, du côté où
      ça ne glisse pas

     

     

      tu t'absentes de temps en temps, on dirait que
      tu n'es plus là.
      si je sors c'est pour rentrer immédiatement, rentrer c'est bon
      les sexes tombent, masques aux traits incongrus, on est presque des gens
      presque des gens

     

     

      le chien m'appelle adieu - il aurait pu m'entamer par n'importe quel bout
      je ne suis pas poète, je ne suis pas grand chose - je ne suis même plus rien
      l'espace se rétracte
      à la fin je crois qu'on n'a plus vraiment besoin de dieu. j'aime à penser que c'est alors seulement qu'il intervient, évidente dissolution...

     

     

      on va finir par comprendre que je m'endors de rien. si lourde la condition d'un homme, d'un organisme abusivement conscient
      on pourrait se contenter de jouir évidemment, se frotter à l'image à s'en faire nouvelle peau
      je n'y arrive pas. je n'arrive pas à ne pas regarder l'aiguille qu'on m'enfonce dans les yeux

     

     

      un jour je me lèverai
      et je saurai alors que je dispose réellement d'ailes
      je regarderai en flottant dans les airs les chasseurs de haut
      il parait qu'on n'entend pas le coup partir, la balle étant plus rapide
      que le son
      - peut-être mais pas que le silence...

     


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  •   tout m'arrive. je me déresponsabilise de mon destin, de mes gênes, mon rhésus. je me désolidarise de l'être - mon moi me perquisitionne à sept heurs du matin
      je n'embrasse pas maman; cela ne se fait pas. je reste froid, au froid. l'idée ne m'effleure pas

     

     

      tu ne m'apprendras rien. peut-être me rapporteras-tu quelque histoire, de celles qu'on raconte aux enfants juste pour les effrayer, leur inculquer la peur, leur inoculer la mort - s'en décharger sur eux
      on ne se relève pas de tout. mais on rampe bon train

     

     

      je ne veux pas vivre
      je ne veux pas mourir
      dieu prend toute la place, dieu m'étouffe
      je n'échappe pas à mon propre néant
      sauf un oiseau déclenché par un pétard, fussent-ils tous deux mouillés

     

     

      pierre pomme couteau. quand tu me châtres ne tremble pas, ni ne te trompe
      de fuseau. chauve-souris replie ses ailes, ou plutôt ses membranes de peau, se perd dans l'hypnose, s'enfonce
      en thébaïde. on aime une femme, une femme c'est fait pour ça - comme si
      ça n'existait pas

     

     

      une chose s'approche de moi et c'est le plus grand bonheur de ma vie, de ma vie en quelque sorte

     

     

      il y a les âmes des vivants et les âmes des morts. toutes les âmes sont vivantes - même les âmes des morts sont vivantes. qu'en fait-on donc, si ce n'est trembler d'effroi?
      des souvenirs défilent, cyclistes le long du canal. je n'ai pas la voix
      de répondre à tout ça pas la voix
      de répondre à mon nom

     

     

    où la laideur submerge l'amour


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  •   je ne vais rien justifier, je vais cracher par terre - par terre ou en l'air, je vais cracher et tant pis pour moi

     

     

      tu vois bien qu'une âme est une vierge agressée, humiliée - que comptes-tu réparer? qu'aurais-tu l'audace d'espérer? nul crime à vivre, nulle honte à survivre malgré tout: il y a là seulement la peine, nous innocentant de l'offense qu'en permanence nous subissons dans l'affligeante parenthèse

     

     

      je n'habite nulle part qu'en cette cage hors du nulle part. je tente tout pour cesser d'être traversé, et m'épargner cela
      j'aimerais une mouche si une mouche me déclarait son amour
      comment échapper à la mort quand la mort gangrène toute vie, et s'en nourrit?

     

     

      il commence à faire froid dehors, je ne vais plus pouvoir sortir pisser contre la haie. je ne vais plus pouvoir m'appuyer sur ce socle de lumière, dieu justement signifiant tout ce que nient la pourriture d'hiver, la souillure de l'homme hors-ciel, l'amour vaincu. je ne vais plus pouvoir mentir pour échapper ne serait-ce qu'en apparence - et comment autrement qu'en apparence puisque l'apparence désigne la forme-même de cette fuite? - à la plus profonde solitude...

     

     

      le ciel dans ses cordes, et la baie en sa somme. je trace un chemin dans le sable le sable ne retient rien
      moi je retiens quelque chose - moi la boue d'une trace fortuite, d'une empreinte délébile
      il faut s'y faire. se faire à ne jamais s'y faire, continuer à regarder l'heure quand l'heure déjà passée
      nous ignore en sifflant

     


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  •   ne me pleure pas
      déjà suis-je
      parti

      un chien en
      embrasse un autre
      se lèche la trace

      si je perds quelque chose
      je t'en prie n'y
      pense pas

     

      .

     

      il y a urgence à
      ne pas être
      juste survivre

      on lève un bras et c'est
      un bras qui tombe

      si peu consé-
      quents à nous-mêmes
      sauf à sombrer

     

      .

     

      le peu, le peu
      d'espoir est tout
      l'espoir

      tu attends là, tu passes ta vie
      à attendre, là
      que là s'en aille ou
      bien te cueille

      que là s'endeuille, et puis un jour
      comme un con oui comme un
      con, tu
      tombe en grâce

     

      .

     

      je ne sais de la vie que la mort et c'est déjà tout un
      miracle

      le miracle ayant
      eu lieu, demeure
      le temps

      le poulpe tendu sur
      sa corde

      la tête penchée
      un peu en avant et du
      mauvais côté

     

      .

     

      la mer va pas si belle
      aujourd'hui regorgeant de
      cadavres dociles et
      d'escarres encéphales

      je ne suis pas
      une bite, la branche à laquelle
      pendant
      je me balance un peu

     

      .

     

      pierre pomme fusée
      on est ce qu'on
      est, ce qui signifie qu'on a
      déjà
      tout perdu

      perdu l'anneau, perdu le sein
      perdu
      le sens du
      retour

     

    perséphone l'hiver


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  •   à hauteur
      de non-sens, un homme
      mérite enfin sa mort

      je parle à la brouette
      la brouette
      s'effeuille

     

      .

     

      coupable d'amour c'est renoncer à tout, épouser
      sa propre mort

      sa propre mort s'en fout
      elle se casse, la gueuse
      avec le premier v'nu

      le dernier confondu

     

      .

     

      je romps
      que dire de plus sinon que
      je me romps

      je tends la main, la main
      douleur vive, déme-

      surément vide
      - l'inouï reste inaudible

     

      .

     

      pas de colère, rien qu'une
      tristesse infinie, presque
      la désolation

      le bras finit par
      retomber, la poussière
      soulevée

      j'y retourne
      sans le pas je retourne à
      l'endroit

     


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