•   et j'ai pleuré jusqu'à lundi, mardi, après j'ai cessé de compter
      pourtant y avait pas de raison - c'est pas parce qu'on est triste...
      alors je reçus un coup de pied au ventre. alors je conçus, coup sur coup, que je disposais bien d'un ventre, rendu aux coups, percé d'un trou

     

     

      à la fois je suis mort, néanmoins bien vivant, même si je n'ouvre plus guère de livre
      j'ai carrément tout un chardon dans l'cul, un tchouang tseu dans la mare
      faudra penser à la récurer cette mare. les crapauds y copulent - lointains brouillards, tristes béatitudes...

     

     

      un jour j'avais tes yeux, un jour total bigleux mais un jour
      n'a pas existé - enfin pas de mon vivant du moins. parce que de mon vivant chacun se promenait à sa guise, hurlant en cadence, pointant du doigt l'absent où l'absent sans un mot répondait
      - c'est l'angoisse...

     

     

      c'est qu'une fois, pas une autre, et pas une autre fois. on s'est dit ça comme ça, sans savoir autrement. à la fois terrible ne pas savoir, et enivrant. mais ça rassure pas vraiment au fond
      et puis il y eut cette folie des hommes sans honneur ni pudeur. on a fini par saccager les fleurs, s'en prendre aux filles dans les vestiaires, les champs parmi les joncs, les gosses sans mobile...

     

     

      quelque chose rouge émanait de nulle part. on pensa lui faire un pansement mais on n'en avait pas. tant pis. tant pis c'est comme il dit
      alors on se vida. la muerte se vida. les barreaux de leur cage, le grincement des dents les auges de leur sang. jusqu'à ce que, étendue d'un bout à l'autre de soi-même et vice versa,
      la clarté pure, la chaste délivrance...

     


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  •   oui mais les yeux naviguent, là où il faut, perclus en mer
      et ça ne reviendrait à rien de dire que c'est comme ça qu'il faut, puisque c'est ainsi comme ça
      à moins que tu me grattes le dos pendant que je décolle, désolant lévitant, toujours plus haut plus bas, spirituel défectueux

     

     

      c'est à se demander comment, transpirant, mais comment as-tu pu, tandis que je rejoignais moi l'unité d'un combat, jamais perdu toujours d'avance comment cela se fait-il, se fait-il que je n'ose plus affirmer sans pudeur: perdu d'alliance?

     

     

      ça ne rime à rien. c'est ça qui fait chanson. reste la voix à l'entonner, la gorge à crevaison. et c'est pas demain la veille non, c'est pas demain la veille, sans toit ni loi
      sans feu ni foi
      qu'on se rendormira là, crevards avachis...

     

     

      le temps qu'on prend
      à réparer les fuites, à colmater les brèches, à s'essuyer l'nombril ou recracher le sperme, le temps qu'on prend non
      à se dire qu'on aurait pu, non
      vivre non, ailleurs qu'en vivre, non, pas par hasard - et ça non plus

     

     

      c'est la seule fois je te jure, la seule fois où j'ai joui - et les petits sentiers
      font pas les grands boulevards, glissants trottoirs ou bien d'ailleurs, d'ailleurs qu'importe, que m'importe eul' bonheur: j'ai loué une chambre, un mobilhome, toute une plage,
      une croix où m'asseoir

     

    non de la tête


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  •   une vie me manque - c'est peut-être un oubli
      ce n'est plus à un homme qu'on a affaire, mais à un dé pipé, à l'idée d'un fumeux
      dénouement 

     

     

      chaque chose en son temps, mais chaque chose d'abord
      après ça changera, on verra bien. ou bien on verra - ça ne changera pas grand chose en fait, ou à demeure
      donc on se tait, en attendant on se tait - t'entends ça?

     

     

      et quand bien même. j'aurais voulu m'appeler comme ça. pas autrement. ou alors autrement si, mais un p'tit peu
      avant tout c'est avant tout, ça, et pas après
      enfin...j'en sais rien, j'imagine. et peut-être même pas

     

     

      sur ce cheval-ci, non, tu ne peux pas parier. ni sur celui-là. en fait, tu ne peux parier sur aucun ch'val, aucun mulet, pas un onagre
      à la saison des topinambours tu seras déjà crevé, toi, et tout fripé
      comme un topinambour

     

     

      la vie à présent s'arrange, même. ne s'encombre pas de formes: ses gants troués aux doigts, ses grands regards miteux, ça va tranquille
      oui ça va tranquille. et on peut même dire après tout ça, que ça va comme ça va - tranquille...

     


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  •   on n'a plus tout le temps, même pas le quart. l'éternité s'est figée, je crois qu'elle m'épie à travers l'œil hagard, globuleux et mauvais de tout instant. j'avais sommeil mais ça va mieux - cela suffira t-il à dire enfin
      que je n'ai plus d'éveil?

     

     

      la peur de vivre n'est pas un hasard comme il faut, ni loin s'en faut. je me fais belle dans le rétro, un clou rouillé c'est la marée - qui va, taquine, qui vient et mousse,
      qui se soumet volontiers à tous les mauvais traitements que lui inflige Notre Seigneur des Barricades, astronomique Gengis khan 

     

     

      ma barbe s'effrite. je sais bien que tu n'en as rien à foutre, puisque c'est moi qui le pense, voire lève un bras. la terre aussi remue ses vagues, les marées se bourrent la chatte
      d'oursins mélancoliques. je sais même plus pourquoi, j'ai juste envie de pleurer là, à vide...

     

     

      la tête à bouche et le corps nu. la tête nue l'anus qui parle, mirobolant. en haut sur le côté un truc s'envole ou prend le large - allez bye bye
      la brouette, la pelle, tout le sable en chantier: miroir gentil miroir brise-toi, ô, au fond de mon vagin-machin

     

     

      je brûle d'une autre poursuivie. n'en pouvant plus n'y pouvant rien, je brûle un autre paravent. c'est certain je reste là, comme c'est certain je pars d'ici, coupant les ponts à travers champs
      le reste m'emmerde, tu le sais bien. tu le sais bien que le reste m'emmerde, hein. alors dégage

     

      instant mythique, vide abyssal


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  •   je penche à votre table et j'ignore tout de vous. j'ignore même d'où je viens, je sais par quel chemin, odieux
      et puis tu t'écriais sans faire-part de ta joie: oh cet homme tout en rupture, la sage
      éclaboussure

     

     

      un silence sans couture mais tu rêves sans doute. soulevant la jupe à hauteur de néant, un bordel à deux doigts - la limite tombée dont on ne distingue donc plus l'intra de l'extra, verti
      ça change pas grand chose, finalement...

     

     

      j'ai mis un toit, un toit sur moi, un toit
      tout autour de moi, et ce fut sans compter les mouches - mes chères amies les mouches, danseuses méthodiques, fées aéronautiques fredonnant une
      sourate de la paresse. la volupté du knout

     

     

      je ne sais pas y faire. je n'ai jamais su, y faire. un seul œil sanglotant, tandis que l'autre d'un souvenir blessant traîne dans la poussière
      c'est chic la poussière. moins qu'un ciel en contre-pouvoir ceci dit, d'un bleu-taudis

     

     

      quéquette ardente n'amasse pas moule, mais les fruits de mer me foutent la gerbe en définitive. la nausée des trajets en ferry, parcours à pédalo, percussion des roulements ferroviaires
      j'avais l'impression d'être ailleurs - et même encore un peu plus loin...

     


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  •   je ne sais pas. à l'endroit comme à l'envers je ne sais pas. d'une invite à la reine la main blessée, main retournée. bâton secoué je m'en remets
      à votre discrétion 

     

     

      seul se voit l'invisible, parait-il. sur mes genoux s'étale une table, une table sans nappe. et sous cette table un larron poussiéreux, sifflant misère
      rabote les carreaux, n'en soyons dupe

     

     

      j'ai peur d'un bruit étrange. il résonne chaque fois que je craque. ou que je lâche. n'ai nulle pitié de moi-même, ignorant cependant où je vais
      j'y vais comme ça, par habitude, dans le sens d'une désorientation

     

     

      ventre de loup, caresse, oh ventre de loup. je m'aidai d'une canne, la canne est en papier. tu traverses la rue or la rue ce fut moi
      c'est la mauvaise saison, et sa seule raison d'être effectivement. fut-il imaginaire tous les hommes éjaculent, transcendés
      dans le trou d'un soupir

     

     

      on ne survit à rien. enfin, pas moi. un peu de sel sur la cuisse, une pincée de comment vas-tu, non, pas mieux qu'hier apparemment
      et par mesure de précaution on s'est retiré l'œil, du doigt - des années sûrement pas, et à geindre 

     

     

    perdre mon bâton m'a dit


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  •   je maigris malgré moi - un semblant de jour
      s'immisce dans mon rêve

      je t'invite à ma table, tu poses à plat les mains
      leurs lignes se propagent

      je rétrécis mes nuits, elles débordent quand même
      un peu
      sur autre chose

     

      .

     

      pas deux choses en même temps, sauf l'une
      ou l'autre
      d'un appel sans fil

      dégrafer la broche de ce poumon d'air frêle, revenir au non-soi
      décoiffé sur la grève

      pas deux coups d'une même pierre, mais un ricochet 
      en play-back et rewind jusqu'à
      regagner la main ferme

     

      .

     

      je n'ai pas de surprise pour toi - sautant de haut
      mais n'atterrissant pas

      novembre migratoire. à quelle flèche
      accordes-tu
      tes violons

      laisse tomber: on en retrouvera une autre, de raison
      de n'être pas

     

      .

     

      mauvais pli, mauvaise pensée, et le sort si doux parfois
      qu'on le prend en pitié

      pluie d'une autre montée, remontée, petit
      cauchemar ambulant

      laiteuse transparence, on n'imagine plus rien. simplement raccrocher
      ses gants, sa vulve, leurs soupirs adjacents...

     


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  •   dire du je qui s'empile
      en bonheur mal acquis

      partir d'ici, partir de là
      lesté

      viens me décevoir un moment, avant de perdre ce qu'il nous reste de 
      jour aux persiennes, de cheveu dans la soupe

     

      .

     

      rien que la pensée, planant
      sur un rond de café, noir du fond de l'âge

      émergeant à peine
      de la basse saison, banc de sable dont les grains, un à un
      se détachent

      sans jamais me résoudre non plus, et sans
      me relever debout, remettre
      le pied à l'oreiller comme on dit

      : mendier sa part

     

      .

     

      le temps de rentrer chez soi, le temps par devers soi
      manque

      c'est l'araignée pour laquelle
      on entasse sa nuit
      dans un lit vagabond

      au chas discontinu enfiler le ravage, pas même de nom à mettre
      à la rare embellie

     

      .

     

      il s'est passé
      quelque chose, ou j'ai perdu
      la main

      aurais-je perdu le bras entier je ne
      m'en souviens pas

      ni de leurs élancées, torse nu
      défiant le vide
      et la raison

     

     

    sur fond noir


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