• la pomme de voûte

      elle vient de perdre
      sa mère, son chien, la malheureuse
      elle vient de perdre
      acquis ou non-acquis, l'idée-même du bonheur.
      l'existence tranquille sous les feux de l'absence
      toujours vifs, et vive.
      elle vient de perdre le sens et le non-sens
      de toute trajectoire
      - son chien, sa mère, la déshéritée
      la si tristement
      déshéritée

     

     

     

      nous ne savons soudain, plus
      que faire du temps
      et les morts nous encombrent.
      nous penchons doucement
      du côté de notre mort, qui ne nous est rien en propre
      mais en intruse, en étrangère
      se presse à notre encontre.
      je voudrais me serrer
      contre autre chose
      que mon intime cadavre

     

     

     

      la nuit
      égale la nuit, puis dépasse la nuit - la nuit
      dissipe enfin la nuit.
      quelque chose apparaît, là où
      rien n'apparaît.
      je ne suis peut-être
      pas assez long, ni assez haut
      pour atteindre au-delà de mon ombre
      une clarté qui sait, ou le toucher
      d'un vrai visage - du mien sans doute.
      la nuit
      se dissipe
      sur rien d'autre que la nuit

     

     

     

      absence limpide
      loup fermé
      pour cause d'enterrement.
      je ne suis pas celui qui sait, je ne sais pas
      celui que suis, j'ignore encore
      mon chien, ma mère, je vais transie
      je vais à pied, les jambes nues.
      ce qui menace de monter sur les jambes
      : la boue, les insectes, les rats
      de ce suicide-là.
      y a t-il une mort qui ne soit
      pas suicide? un suicide
      qui ne soit meurtre?
      - y a t-il une mort?

     

     

     

      l'hiver
      s'est amaigri
      la maigreur du monde, le jeûne universel.
      quelqu'un s'adresse à moi dans une langue de pluie
      je ravale la salive
      je ravale les larmes
      je ravale le sperme
      j'ai l'impression depuis l'origine, d'avoir menti
      au sujet même de l'origine
      d'avoir trahi
      vicié l'air respiré.
      d'avoir renoncé
      à l'être

     

     

    la pomme de voûte

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