•   un homme ne parle pas alors je vois pas pourquoi tu insistes comme si tu percevais des choses de l'au-delà qui n'existent qu'ici, et combien même

     

     

      tout à l'heure j'étais vivant. je ris peut-être derrière toi, te frottant le dos de ma barbe électrique, balai mélancolique
      il s'agit d'une fausse barbe. moi-même je suis un faux -semblant, le fruit défendu d'une fausse couche et quand tout à l'heure j'étais vivant, c'est uniquement du au fait que toi tu ne l'étais pas, et ça s'comprend

     

     

      je suis coupable d'avoir tué des millions d'hommes et de femmes dans ma délinquante de vie, mais c'était avant qu'ils ne naissent. je sais qu'ils m'en veulent pour autant, et par ailleurs je connais la rancœur, la douleur d'être né d'une mère, ou pire encore d'un père qui n'y était pour rien, simple instrument géniteur d'un génocide suicidaire, et j'ai finalement l'impression que rien ne me sépare fondamentalement de ceux qui n'ont pas existé, n'existeront jamais, comme de ceux que je n'ai pas été, n'ayant moi-même jamais été, ou bien seulement allongé, alité, me délitant en toute sérénité 

     

     

      je suis heureux sans toi. tu auras au moins servi à ça. c'est ce que j'aurais aimé pouvoir dire à une femme, avant même de la rencontrer, excluant ainsi toute autre forme de possession, de suggestion lascive

     

     

      il faudrait chercher, chercher, chercher et ne jamais trouver. alors qu'il aurait été si simple d'accéder directement à ne jamais trouver mais bon, on ne peut pas avoir l'un sans
      passer par l'autre c'est reconnu

     

     

      il y a un laps, un tout petit laps entre la mort d'un être et la terreur que celle-ce lui inspire - un laps durant laquelle la peur n'a plus cours, où il s'en fout, et sur lequel la mort n'a pas prise. ces moribonds quand ils se soumettent enfin, renoncent, et cependant respirent encore. ce luxe d'éternité superfétatoire, cette conscience sans but: ce but gris-obscur de ma conscience

     

     

      j'ai la dalle, j'ai la dalle mais j'ai le gel
      verra bien qui crachera, pleurera
      le dernier...

     

    me disant tu, te disant moi - soi-disant mute


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  •   la perte de réalité ne restera pas un vain combat
      c'est courageux de dire ça, même si peu convaincant
      c'est comme dès l'aller ne penser déjà
      qu'au retour

     

     

      j' tournais en rond
      j' tournais en rond pour être sûr que le parcours ne comporte ni commencement ni fin, ni mobile apparent
      quoiqu'il faille se méfier tout autant si ce n'est même davantage
      des inapparences...

     

     

      on se mariait bien, toi à l'envers moi à l'endroit mais à l'endroit de rien
      car je n'ai pas d'histoire, ou pas plus d'histoire que celle qui m'invente quand je crois l'inventer

     

     

      j'ai un mort dans mon corps
      ça fait de moi l'âme d'une tombe, ou le tombeau tout court
      il faudrait que quelqu'un en me marchant dessus ressuscite le mort dedans, que celui-ci se lève et s'enfuie
      ce qui ferait de moi un corps sans mort, un tombeau vide - un miracle inachevé

     

     

      tu jettes la pierre dans le carreau et c'est la pierre qui se brise - t'as l'air malin
      alors passe le marchand de pierre et là tu te demandes mais comment t'en es arrivé là, sans un rêve...

     

     

      je n'ai pas de papiers, et je n'ai pas d'histoire non plus - je suis un sans-histoire, un loup hors de l'histoire
      je garde pourtant collée à moi comme une seconde peau cette horreur de la nudité
      me voici donc contrarié

     


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  •   je ne m'attache à rien, je sais tout simplement qu'il ne faut pas

     

     

      dieu comme synthèse idéale de l'unité et de l'infinité
      me refera pas le
      coup deux fois

     

     

      je ne m'attends à rien, je ne m'attends qu'à rien
      je prends le revers à mes jambes, offre deux joues à la même
      et unique gifle
      et pourtant je tiens bon, c'est beaucoup dire mais je tiens bon

     

     

      j'ai du poison si tu veux
      un abri-bus n'abrite pas de grand chose, mais quand on n'a que ça, alors on meurt de ça
      allez ramasse tes morts

     

     

      soit dit en fumant, même la mort n'est pas définitive
      on peut dire que l'univers, durant tout le processus, s'apparente à une mémoire, du genre universelle
      on peut ne pas le dire aussi, et passer sans
      se retourner

     

     

      j'ai vendu mon vélo
      je n'aurais jamais du, même si je ne m'en suis jamais réellement servi
      et c'est précisément ce réellement-là
      qui m'inquiète

     

     

      la nuit perd tout son sens, et tout son sens c'est l'adieu
      il fait nuit de plus en plus tôt dans ma vie, et pour toute cane blanche la béquille d'un souffle
      s'enfonçant dans l'ennui...

     

     

    les chutes transversales

     

     

     


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  •   pas à pas je
      m'enfonce dans la nuit, chaînon manquant
      clignotant borgne

     

     

      plus je grandis dans ma tête et plus le monde y rapetisse, parlant pour ne rien faire, mentant comme il respire
      mais respirant quand même

     

     

      le cœur apatride, et l'effort minimal requis pour se maintenir à flot. qu'il est triste également de ne rien avoir à gagner, d'une liberté sans gage, risque,
      ni conséquence

     

     

      il n'est personne
      personne
      lettre morte tombe l'écho
      tombe l'écho

     

     

      nuit sans sommeil, vie épuisée
      hors-sol
      hors-ciel

      triste raisonnement 

     

     

      on admet la perte effarante du temps. on admet le non-sens absolu, condition sine qua non à notre laisser-aller, à notre vol plané. on admet volontiers la volatilité des serments, ainsi que la présence des calvaires aux lieux-dits de nos secrets rendez-vous

      on admet rien du tout en fait, mais faites le tour de soi, rompez la fluide ligne de front
      et alors on verra...

     


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  •   je pleure et cependant je n'ai pas de raison
      de pleurer, ni de quoi que ce soit
      alors je pleure
      les larmes elles me viennent comme ça, c'est à dire je sais pas comment elles me viennent comme on me les tire
      des yeux, mais pas seulement

     

     

      ça facilite les choses quand il n'y a rien à prouver, rien à détourner - pas un regard
      pas même le sens.
      la nuit noire face à soi, et en soi, petit feu
      et donc pas absolue, si menu soit-il
      je ne cherche à me convaincre de rien - je me promène et, d'un hasard l'autre me promenant,
      j'attrape froid

     

     

      je vis sans amertume, la peur au ventre
      je me méfie quand tu souris - c'est toujours de soi-même qu'un homme se méfie
      heureusement je ne suis pas un homme: une image à peine
      de ce qui n'existe pas
      néanmoins j'ai senti la douleur, à travers la mienne quoique ce ne fut pas la mienne, et cette douleur faite mienne m'a persuadé
      de la réalité comme quelque chose d'éminemment précieux, d'imminemment réel
      j'étais pas prêt à ça

     

     

      la joie derrière tout ça, juste un dépouillement
      bientôt je n'ai plus rien, un corps
      ne m'appartient. j'ai pas le temps de vivre, je rabats
      sur moi la couverture, j'ai froid je tremble je suis presque mort
      mais j'ai une couverture
      et quand je ferme les yeux, donc je ferme les yeux, sur mes paupières aucun baiser
      ne vient absoudre
      ma laideur intrinsèque

     

     

    chacal comme tu hurles, hurles si bas

     

     

      


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  •   et puis je me suis dit allons bon. allons bon
      on n'appréhende pas l'infini - l'infini ne signifie que l'étendue de notre incompréhension
      alors on se rase le matin
      ou pas, c'est selon
      on se tient à la frontière, le bout des pieds contre la ligne
      qui n'existe pas évidemment, et pour cela infranchissable

     

     

      le temps large, d'être, en soi
      et à soi-même son propre miroir, planté
      en travers du regard, chaste rétine
      j'aurais voulu signifier quelque chose de libre, d'incertain
      comme hébété d'un premier pas foulant la terre, pomme pourrie
      balle perdue

     

     

      tu caresses la joue du diable et tout à coup le néant te semble rassurant, déprogrammant
      la chantage n'a plus cours
      j'ignore comment ça se passe pour toi, mais moi j'aime une vie qui ne se réduit pas
      à l'existence, ni à moi-même - je glisse
      sur un autre verglas, et la première condition à ma liberté c'est celle de ne rien avoir à en faire, celle même
      de ne rien faire: une cour
      de récréation vide

     

     

      le néant symbolise cette pure énergie d'être, cette énergie sans acte, cause ni effet
      l'orgasme sans sexe d'un intellect clair, une femme peu coûteuse, un homme
      sans chercher plus loin, consciencieusement éteint
      - je danse pour rien

     


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  •   
      qu'est-ce que tu as fait de toi, et qu'est-ce que tu as fait de moi
      le toi et le moi
      paniquent le néant.
      je ratiboise l'existence, châtre les egos, enfonce les doigts
      dans des trous d'être
      on meurt, on meurt certes (qui, quoi?)
      mais on meurt pas

     

     

      sur la tombe je me suis allongé
      je n'étais plus que sexe éteint, fleur fanée, tige arrachée

      un chien sans laisse, une laisse sans maître, un maître
      entre deux eaux, boue de sauvetage mais sauvetage de quoi ?
      pas moi

     

     

      tout nu
      devant la glace
      un homme s'est souvenu
      pour ne pas disparaître
      tous ces morts dont nul ne se souvient, les pleurs tombent à côté
      d'eux, mais sur ma tête
      - je ne suis que mémoire, sans souvenir de rien

     

     

      je n'avais rien à faire, alors j'ai attendu
      rien, même pas que ça se passe
      il n'y a pas de plus grande proximité que celle entre le miracle et le néant
      je pourrais pas dire je suis, ou j'y étais
      non je n'y étais pas: je l'étais
      et je n'y fus que pâle figure
      de style

     

     

      c'est moi l'homme
      et c'est moi l'oubli
      je me suce la bite, comme un chien s'mord la queue
      je n'y suis pour rien, je me suis
      coupé la queue, or la queue a poussé, grossie
      il n'y a pas de guillotine pour une telle queue, désaffectée
      il n'y a qu'un dieu, chassant les mouches
      à coups de serpentins...

     

    par exemple la pluie, les jours de pluie, ou quand il pleut

     

     

      


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  •   je t'aime bien, comme j'ai toujours aimé
      quelqu'un. un soleil
      se rembrunit, la verge sèche
      j'avais presque fini mon poème, ce poème
      avant qu'il tombe. qu'il ne
      tombe

     

     

      ce qu'il y a au bout du chemin, du chemin creux
      ce n'est rien, n'en parlons pas
      cette immensité nue, le pas-de-dieu
      j'ai sorti ma serviette, de piscine ou de douche, et même pas l'espoir gercé d'essuyer ce chien nu
      je m'suis trouvé tout con, la gloriole piteuse
      comme sans slip devant une fille qui sait
      ou qui devine

     

     

      le chemin c'est un chemin, on s'en écarte
      tomber dans un trou, raide
      faire la roue quand la roue s'est bouchée, le pôle s'est retranché
      il y avait un chemin or quelque chose s'est abstenu, froid dans les yeux
      on savait pas quoi penser alors on a mouru
      on sait toujours pas si c'est vrai

     

     

      il n'y a rien sous mes vêtements - qu'une tombe
      et si on m'arrache la face, la peau du crâne l'œil du tympan, rien qu'un silence
      qui pleure
      t'as déjà entendu un silence pleurer?
      tu sais comment ça fait?
      absolument obscène
      une tombe

     

     

      le jour j le point g
      et les mères qu'on m'oublie
      elle est morte. toutes les mères sont mortes
      les mères nous tuent
      mais elles n'ont pas le droit d'oublier, nous oublier
      d'autant plus mortes
      quand je mourrai, j'abolirai le vide - non:
      moi mourant, l'oubli crèvera - non:
      la mort dissout l'oubli - non:
      le jour j le point g
      la mère se ferme

     


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