•   je ne dis rien. je salue avec toi le chemin, et le chemin s'en va. peut-être quelque chose ou quelqu'un s'essaie t-il au glissement de terrain. peut-être la nuit tombe t-elle du mauvais côté d'la route, puisqu'il faut une route, une route où s'enlise et périclite un chemin, en quelque sorte.

     

     

      je remarquai qu'à ma fenêtre les oiseaux ne volaient que d'ouest en est, ou d'est en ouest selon les heurs, les courants ou les espèces que sais-je. je remarquai un espace vide, un champ mort de la vision à peu près au centre de ce que l'on nomme par convenance ou communément le naufrage quotidien selon le temps, les marées ou les espèces, que sais-je...

     

     

      j'en ai fait le serment mais je puis le reprendre, m'en dédire ou faire le mort, à l'occasion - pas forcément manquée d'ailleurs ne croyons pas toute occasion manquée, ou en tout cas pas totalement par exemple ce jour-là où il ne plût pas, totalement s'entend et pourtant j'y pris grand soin, presque plaisir même, si plaisir n'était entaché à ce point de dégoût, et taquiné de cette pointe de culpabilité destinée à le rendre comment dire... plus piquant?

     

     

      je sais c'est en ce sens-là, qu'on va mais le reste du temps, langoureusement dénué de sens, et tourne en boucle à l'unisson. rêve d'abord. rêve d'abord et suite à l'émission nous rêverons ensemble - tu me diras que fous-tu là entre mes jambes et ton machin planté dans l'oreille d'un sourde, tu me diras foutre, va te faire foutre, fiche le camp mets le bouts mais il sera trop tard, d'une déferlante, trop tard d'un irradiation tous azimuts, trop tard encore, d'un accouchement léthal.

     


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  •   poussiéreuse, poussiéreuse et hors nom. horticultrice d'un ossuaire. j'ai la marée douce, très douce, doucement la recouvrant d'un suaire, d'un linceul trop étroit de sorte qu'on en voit dépasser la blancheur j'aurais dit sépulcrale, si jamais j'avais osé faire allusion à ses pieds, aux lentes courbes de ses flancs, son visage de porcelaine rayée...

     

     

      c'est magique mais tu parles d'une nuit, or cette nuit ne verra pas le jour. cette nuit s'est enfouie sous le sable de ton crâne, engoncée dans le leurre de ta conscience-limace. elle n'aura, pas plus qu'elle n'eut jamais, lieu. selon le faux-témoin de son absence propre.

     

     

      il ne s'agit pas de moi mais d'un moi, n'importe quel moi, qu'importe quel moi, et pourquoi de tout moi. lequel, posté à la lisière d'un bois ou au rebord d'un orifice, anal, bancal mais anal, de toute évidence anal.

     

     

      je ne sais pas si c'est ainsi que je me tais, tu te tais ou seulement le signe d'une déshérence. fulminer mille pardons dans ce coin d'une adresse inédite; régler son pouls sur celui de l'horloge creuse; culminer dans le froid rigoureux d'un hiver à cœur sec, sec à en crever comme qui dirait, n'importe quoi d'une engelure.

     

     

    ce n'est peut-être pas la mort ni l'endroit qu'on y cherche. mon cheminement malgré tout s'y dandine en alternance avec la bruine et j'y chemine ainsi, obnubilé par la rencontre tant improbable que certaine entre le réel et l'impossible en la personne d'un mort d'entre les morts, d'entre les vivants notamment. 

     

     

    natures mortes, plutôt mortes


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  •   il n'y a pas de métier
      que des porcs d'acier
      trempés, puis rouillés.
      je mis au monde un enfant
      borgne
      un silence sur écoute.
      quelqu'un, ou du moins fit semblant
      hurla à la porte
      à la mort
      peut-être au mur d'en face
      et sur ses maigres jambes

     

     

     

      je ne suis
      rien devenu.
      un sourire malheureux, un tic nerveux
      m'achevèrent.
      j'achoppai
      sur une ombre, la mienne je suppose
      vu comme elle bouge, et qu'elle bouge comme moi
      à contre courant.
      nous emporte
      un contre-courant
      à contre courant
      de rien

     

     

     

      sous cet arbre
      sous cet arbre exactement
      qui ne poussa jamais
      flotte un ciel, ce que j'appelle un ciel
      je l'appellerais volontiers autrement si seulement
      il savait me répondre.
      et sous ce ciel, sous ce
      ciel exactement
      qui ne s'étendait plus
      je m'attendais à quoi, à un
      miracle en l'occurrence - je précise:
      à n'importe quoi, ou tout
      sauf rien

     

     

     

      elle ne vit plus, elle se
      sépare de son petit sac, de son
      minuscule mouchoir.
      elle quitte sa vulve
      elle quitte son intimité
      elle se quitte elle-même, c'est un régime sans herbe.
      elle ne tend pas la main
      d'ailleurs elle n'a plus
      vraiment de main, ses doigts
      sont restés accrochés à
      la grille, l'embrasure de la porte, à la
      quadrature du cercle

     

     

     

      il ne manque pas grand chose:
      une fenêtre à la fenêtre, un ciel dans le ciel
      l'ombre mangée
      par l'ombre.
      la besace ne contient guère davantage:
      l'idée sombre d'un viol
      la barrette tombée
      de la feue chevelure.
      on se sentira mieux demain
      les bras levés, sangsue écartelée
      c'est un peu de soleil
      un peu, mais de soleil quand même.
      il manque juste assez
      pour ne pas totalement
      sombrer


      


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  •   elle vient de perdre
      sa mère, son chien, la malheureuse
      elle vient de perdre
      acquis ou non-acquis, l'idée-même du bonheur.
      l'existence tranquille sous les feux de l'absence
      toujours vifs, et vive.
      elle vient de perdre le sens et le non-sens
      de toute trajectoire
      - son chien, sa mère, la déshéritée
      la si tristement
      déshéritée

     

     

     

      nous ne savons soudain, plus
      que faire du temps
      et les morts nous encombrent.
      nous penchons doucement
      du côté de notre mort, qui ne nous est rien en propre
      mais en intruse, en étrangère
      se presse à notre encontre.
      je voudrais me serrer
      contre autre chose
      que mon intime cadavre

     

     

     

      la nuit
      égale la nuit, puis dépasse la nuit - la nuit
      dissipe enfin la nuit.
      quelque chose apparaît, là où
      rien n'apparaît.
      je ne suis peut-être
      pas assez long, ni assez haut
      pour atteindre au-delà de mon ombre
      une clarté qui sait, ou le toucher
      d'un vrai visage - du mien sans doute.
      la nuit
      se dissipe
      sur rien d'autre que la nuit

     

     

     

      absence limpide
      loup fermé
      pour cause d'enterrement.
      je ne suis pas celui qui sait, je ne sais pas
      celui que suis, j'ignore encore
      mon chien, ma mère, je vais transie
      je vais à pied, les jambes nues.
      ce qui menace de monter sur les jambes
      : la boue, les insectes, les rats
      de ce suicide-là.
      y a t-il une mort qui ne soit
      pas suicide? un suicide
      qui ne soit meurtre?
      - y a t-il une mort?

     

     

     

      l'hiver
      s'est amaigri
      la maigreur du monde, le jeûne universel.
      quelqu'un s'adresse à moi dans une langue de pluie
      je ravale la salive
      je ravale les larmes
      je ravale le sperme
      j'ai l'impression depuis l'origine, d'avoir menti
      au sujet même de l'origine
      d'avoir trahi
      vicié l'air respiré.
      d'avoir renoncé
      à l'être

     

     

    la pomme de voûte


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  • ...

       m'attendait là sans faire de pli, un être, une bête, un enfant demeuré

     

     

      j'apparais désormais. comme le dernier recours à la vie qui-dit-mieux, le dernier rempart à l'obsession de vieillir vieux. et j'apparais tout court, quand bien même le lieu semble manquer encore - n'est-ce pas là la qualité propre au lieu, que de sembler manquer? je dis ça comme ça, je dis ça en passant. et repassant je constate que rien de cela n'eut vraiment lieu. du coup je respire un peu mieux.

     

     

      j'ai mis le temps à me dire pourquoi, pourquoi, tandis que je ne me demandais rien. je n'ai pris le temps de rien, le temps s'est ainsi reposé. ou alors évaporé, devenu vaporeux mais non, le temps justement n'est pas devenu: il s'est au contraire essensialisé, dématérialisé. je l'ai donc poussé dehors. depuis je l'écoute tombé dans un vide que je suppose infini puisque ça ne produit aucun son. apparemment il ne crie pas.

     

     

      c'est démêler le faux du faux - le vrai n'étant pas sorti aujourd'hui il fait c'est vrai bien trop gris pour se rompre l'ennui. se refaire du café fut en ces circonstances la seule réponse sensée et adéquate à l'absence de souci. nourrissant ainsi une inquiétude sans objet ni fondement, une tension tendue de rien, vers rien. rien comme pure ligne de fuite, le report impromptu d'un départ imminent.

     

     

      revenir sur ses pas a quelque chose qui cloche, le sonnant-faux d'un écho transitoire, légèrement déchiré sur le côté. or peut-on faire autrement que rebrousser l'errance et retourner par devers soi à la case sépia d'une origine mythique autant qu'inaccessible, entamant ainsi l'inascension en vue de notre inaccession au trône creux?

     

     

      le reste du temps se passait à courir les champs - nus ou de maïs, selon la saison je crois. ou encore à érotiser la moelle du principe au sein de chambres froides, à demi-mort de peur, l'autre moitié ayant recours pour subsister à de plus ou moins avouables expédients...

     


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  • ...

     tout ce saccage nu s'arrêtant à ma porte, qu'un violent coup de vent

     

     

      la réalité de cette absence de réalité nous convient bien. rendre les pâtés au sable des quartiers, marée ancienne. dire oui quand on dit non, ou si quand on dit oui, marée funeste. dire non quand on dit rien.

     

     

      rien ne rentre pas chez soi. rien maintient la maison en cet état d'apesanteur lui permettant non pas de se déplacer, mais de ne pas s'écrouler, ce qui constitue par les temps qui courent un atout non négligeable, dont il ne faudrait pas non plus trop abuser.

     

     

      la première peur passée voit poindre la terreur. un parapluie contre un raz de marée pourra s'avérer insuffisant, si fine en soit la pointe et large la baleine. un parachute inverse nous soulèverait tout à coup dans les airs, mais combien de temps survivrions-nous là-haut, et qu'y ferions-nous de nos jambes?

     

     

      par ces temps de disette, les hommes se sont recouverts de ma peau, aux qualités d'étanchéité incontestables, notons-le. puis les hommes se sont assommés les uns les autres avec mes os, s'estropiant même avec les plus pointus. les femmes quant à elles se sont frottées tout le corps, chaque partie du corps ainsi que le visage et les cheveux avec mon pénis, afin d'obtenir je ne sais quelles faveurs du ciel, ou de bénéficier de ses prétendues vertus génétiques.
      seuls mes yeux restèrent vierges, contemplant ce lent quoique très seyant naufrage et regrettant de ne pas avoir appris à nager quand ils en eurent la possibilité - à la piscine municipale, précisément.

     

     

      rien ne me préparait à ce jeu-là. j'étais bien loin de me douter que moi aussi. ce n'est pas que nous allions nous remettre à espérer, non, quand même pas, mais on peut penser raisonnablement que, le pire se noyant dans l'inachèvement perpétuel, nous pouvions sans scrupule cesser au moins de tout enregistrer...

     

     

    ...


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  •   oui mais c'est intelligible. et l'intelligible lisibilise. l'homme aussi meurt debout - il faut penser la mort debout. moi qui vis allongé, allongé même si plié. je veux dire couché. moi qui dors donc couché, plié sur le rebut, le grabat. quelqu'un m'appelle. je sais que depuis le commencement des temps quelqu'un m'appelle. je scrute les rues pour ça, les étangs les marécages, et le moindre recoin. je n'ose plus respirer et je respire quand même.

     

     

      mon cœur n'est pas assez vaste pour accueillir les épingles de toutes les souffrances. alors je décidai d'entamer le roman gris. en lequel se fondent et se dissolvent les souffrances. tous les souffrances c'est peu. on voudrait en rajouter mais ça déborde déjà effectivement, ça déborde tellement. on ne m'arrachera néanmoins pas un cri. on ne me tirera pas un sanglot. je le néant. je la bétadine. je la tétine de ces mignons avortons.

     

     

      ça y est, il fait nuit. on ne tombera guère plus bas. plus noir que noir c'est déjà tout le noir, le moindre bout de noir. personne ne me parle comme ça - mais pourquoi est-ce que personne ne me parle comme ça. j'ai les dents serrées jusqu'à l'os, les unes contre les autres. les unes contre les autres c'est mieux, on se réchauffe avec ça, on se réchauffe comme on peut. broyés par contumace.

     

     

      la dernière fois j'ai dit comme ça, eh toi, veux-tu mordre dedans? d'ailleurs il se peut que ce fusse un point d'exclamation plutôt, cela ne nous a pas été notifié. rien n'est réellement précisé. ou alors nous ferions mieux de nous méfier. j'avais par exemple la bouche en pot d'yaourt, en tube de dentifrice j'avais la bouche en tout sens fendue. j'avais la bouche un creux dedans, langue vissée. je voulais traire quelque chose, extraire un jus - peut-être simplement téter. non, téter ça c'est trop. on n'en supporterait pas même l'idée.

     

     

      les amis n'ont pas d'foyer. ils n'ont pas de thune non plus ils n'ont pas, de cigare dans leur thune. ils s'attribuent des noms, se décernent des titres. ils rebaptisent les temps qui durent, et le peu qu'il leur reste. ils n'engagent pas de procédure - aucune, jamais. les amis tels qu'ils se trouvent devant s'y résignent pourtant: le mur, contre la mer, piétine leurs marées...

     

     


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  •   cette chose-là s'est toute ratatinée. elle n'a pas dit un mot. je pense qu'elle est tombée d'une échelle à un âge où l'on ne peut vivre autrement. je pense que le silence ne l'essouffle pas. je pense que nous ne sommes pas entièrement mort encore, ni tout à fait vivant vraiment.

     

     

      c'est un homme. c'est une chambre. c'est un homme et c'est une chambre. parfois la chambre est froide. parfois c'est une caisse d'acier roulante ou stagnante sur un parking d'école. parfois il se passe quelque chose dans la tête de l'homme qui est en quelque sorte la tête de la chambre - laquelle, contrairement à l'homme, peut se passer de tête. or je suis cet homme sans tête, cette chambre douce. douce et froide.

     

     

      ça me gratte la chatte. tous les mardis ça me gratte la chatte. les vendredis aussi, et tous les mercredis. bref les jours de marché, des puces à saint-ouen. ça me gratte la chatte et tu me diras, mais pauv' gars, ne vois-tu pas que tu n'as donc pas de chatte et je saurai que oui, si, oui j'ai une chatte moi aussi, un trou par où je ris, un trou par où je pleure.

     

     

      il n'est rien d'autre qu'un animal blessé, mais ça c'est son histoire. et on a tous une histoire. tous, ça fait déjà beaucoup, et beaucoup meurent précocement. ou trop jeunes. et presque malgré eux. on y croise un renard ensommeillé, une biche maladroite, une blatte. je suis seul à moi seul et cependant j'observe un même ciel... s'effondrer.

     

     

      je me suis lancé dans ce brouillon céleste. elle voulait qu'on l'appelle célestine, prétendant que telle était son authentique destinée mais je lui ai interdit. on aurait pu s'attendre à un drame quoique même un drame finisse par lasser. ainsi nous lassâmes-nous, tout imbus d'hypothèses aussi foireuses qu'hasardeuses. et ne vas pas croire un seul instant à un déni de réalité: n'ayant pas de réalité comment érigerais-je un déni, même un tout petit?

     

     

    minuscule vent debout


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